Le chemin dans les Alpes de Haute-Provence, la Via Domitia

Bien souvent, nous empruntons tout en l’ignorant le tracé des routes construites par le Romains au cours de leurs conquêtes. Le chemin vers Saint Jacques de Compostelle et de Rome dans les Alpes de Haute-Provence est axé  sur le tracé de la voie romaine « la Domitienne »  reliant Rome au sud de l’Espagne. C’est un tronçon d’une de ces grandes voies antiques que vous allez parcourir. La Via Domitia, jalonnée de relais routiers, d’ouvrages d’art, de lieux de culte…, vous fera découvrir les vestiges que nous ont légués les Romains et revivre une partie de notre histoire.

Histoire de la Voie Domitienne

La Via Domitia, des Alpes aux Pyrénées
La Via Domitia, des Alpes aux Pyrénées

Créée au moment de la conquête du Midi de la Gaule, à partir de 120 av. J-C., par le consul Cneus Domitius Ahenobarbus, la Via Domitia, du nom de son fondateur, devait réunit l’Italie aux provinces d’Espagne en desservant la nouvelle Province Transalpine. C’est en fait la plus ancienne route construite de France. Suivant en partie d’anciens itinéraires attestés par des historiens et des géographes de l’Antiquité, cette voie franchissait les Alpes au col du Montgenèvre, gagnait le delta du Rhône par les vallées de la Durance et du Calavon, traversait les plaines du Languedoc et du Roussillon et passait les Pyrénées au col de Panissars près du Perthus. Elle était jalonnée par les cités de Briançon, Gap, Sisteron, Apt, Cavaillon, Nîmes, Béziers, Narbonne et Château-Roussillon.

Route interprovinciale, construite et entretenue aux frais d l’État romain, la voie domitienne fut un axe très fréquenté par les armées, les fonctionnaires, les commerçants et les marchands, les voyageurs, les pèlerins pendant tout l’Empire et le demeura encore au Moyen Âge.

Les itinéraires antiques

Un certain nombre de documents écrits, remontent à l’Antiquité, indiquent les itinéraires principaux qui irriguaient toutes les provinces de l’Empire. Ces itinéraires de voyages donnaient, pour chaque grand axe routier, les noms des gîtes d’étape et des relais – villes, villages ou hameaux – et souvent les distances en milles séparant ces étapes. La seule carte connue du monde romain est la carte de Peutinger, copie du Moyen Âge sur parchemin d’une carte dont l’original remonterait au Haut-Empire.

Ces différents documents, confrontés à la réalité actuelle, permettent de reconstituer les grands axes routiers romains – dont la voie domitienne – avec une grande précision.

À côté des grandes routes interprovinciales- – du type de la voie domitienne – il y avait bien entendu un réseau relativement dense de vies secondaires ou vicinales, reliant entre eux les vici ou bourgades, et de très nombreux chemins privés, dont le tracé est d’autant plus difficilement reconnaissable qu’ils comportaient des aménagements plus sommaires et atypiques.

La construction des voies antiques

La groma servait à tracer les axes des routes et à implanter le cadastre général.
La groma servait à tracer les axes des routes et à implanter le cadastre général.

 Les Romains ont fait preuve, pour tous leurs travaux de génie civil et de constructions, de connaissances et de techniques très élaborées. L’implantation des cadas tres ruraux et le tracé des voies étaient réalisés, sur ordre de l’administration, par des arpenteurs, à l’aide d’instruments de visée très performants (groma, dioptra, chorobate).

La route elle-même, formée en plaine de la succession de longs tronçons rectilignes et dont le profil en long était amélioré par des passages en remblai ou en déblai, était véritablement construite par apport de matériaux disposés en couches superposées selon des règles précises, ce que confirment les sondages effectués aujourd’hui sur la chaussée.

Dans les passages difficiles, en montagne en particulier, la chaussée pouvait être, par endroit, taillée dans le roc ; sur les tronçons où elle était en surplomb, elle était maintenue par des murs de soutènement bâtis. Finie, c’était en rase campagne une voie de terre, qui n’était dallée qu’en certains passages privilégiés (en ville, gués,…) et dont les ornières, quand elles sont visibles, ne sont que la conséquence d’un roulage intensif.

Encadrés par l’administration provinciale et par l’armée, les chantiers routiers mettaient en œuvre des équipes nombreuses et diversifiées, de l’ingénieur au terrassier, avec sans doute des réquisitions d’indigènes.

Les stations routières

Gobelet de Vicarello, sur lequel était gravée les étapes de la route entre Cadix et Rome et les distances les séparant
Gobelet de Vicarello, sur lequel était gravée les étapes de la route entre Cadix et Rome et les distances les séparant

 Le long de la voie, des gîtes d’étape (mansiones),  étaient aménages, tous les 30 km environ (parcours moyen en une journée), à partir de bourgades indigènes préexistantes à sa construction ou dans le cadre de créations nouvelles ; dans les intervalles, tous les 15 km environ, étaient établis des relais (mutationes), pour le changement d’attelage et le repos des hommes. Du Rhône aux Alpes, toutes ces stations routières sont désormais bien localisées.

Ce milliaire de Domitius qui porte la distance de 20 miles jusqu'à Narbonne est le plus vieux de France.
Ce milliaire de Domitius qui porte la distance de 20 miles jusqu’à Narbonne est le plus vieux de France.

 

Les bornes milliaires

 Pour faciliter les déplacements, la route antique était jalonnée de grandes bornes de pierre  (2 à 4 m de hauteur), en forme de colonnes ou de piliers, implantées théoriquement tous les milles (1.480m). Elles indiquaient une distance par rapport à certaines villes importantes de l’itinéraire et portaient le nom et les titres de l’empereur sous le règne duquel elles avaient été mises en place. Ce bornage correspondait généralement à des grands travaux de restauration ou de maintenance de la chaussée : ainsi, pour la voie domitienne, on conserve des bornes au nom d’Auguste (3 av. J.6C.), de Tibère 32 ap. J.-C.), de Claude 41 ap. J.-C.), etc. Aucune borne toutefois n’a été retrouvée sur le tronçon de cette voie entre Montgenèvre et Apt.

Les voyages

Essentiellement militaire au moment de sa création, la voie domitienne est rapidement devenue une voie publique, une des plus grandes routes de l’Empire Romain, et aussi l’une des plus fréquentées.

Cisium, sorte de cabriolet à deux roues
Cisium, sorte de cabriolet à deux roues

 

Le cursus publicus, service des Postes de l’administration romaine, crée par Auguste en 27 av.J-C et qui se maintiendra jusqu’à la fin de l’Antiquité, en est l’utilisateur prioritaire. Sur cette chaussée très appréciée par tous, on se déplaçait à pied, à cheval ou en voiture. Des voitures à chevaux rapides, tels le cisium, sorte de cabriolet léger monté sur deux roues, avec un siège et un seul cheval attelé, ou le carpentum, char à deux roues, couvert par une capote et tiré par quatre chevaux. Les marchandises pondéreuses étaient acheminées sur chariots à quatre roues – du type raeda, angaria ou plastrum – tractés par des chevaux, des mulets ou des bœufs, attelés par quatre, six ou huit.

Les ouvrages d’art

Sur une route aussi importante que la voie domitienne, les ouvrages d’art – ponts, ponts longs, gués – étaient beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit : en fait, chaque traversée de cours d’eau était aménagée de manière a en faciliter le passage. Les ponts pouvaient être en pierre – en grand appareil sous le Haut Empire (le pont Julien près d’Apt) ou en petit appareil au IIème siècle (Le pont de Ganagobie) – mais aussi en bois, en montagne en particulier, ce que confirme le géographe Strabon à l’époque d’Auguste. Beaucoup ont été détruits au cours des siècles par des crues. Les ruisseaux plus modestes étaient franchis par des gués construits (tel celui de Reculon à Saint Michel).

Source : VIA DOMITIA, La voie romaine en Haute Provence. Dépliant réalisé par le SIVOM pour le développement du Pays de Forcalquier. Textes de Guy Barruol. Crédits photos : Guy Barruol, Association Alpes de Lumière, CNRS Centre Camille Jullian, Direction Régionale des Affaires Culturelles, Bernard François.

 

 

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